Il suffit parfois d'une phrase pour mesurer combien la confiance d'un enfant peut être fragile.
« Je suis nul en maths. »
« Je n'arrive jamais à retenir mes leçons. »
« Les autres comprennent plus vite que moi. »
Ces mots, parents et enseignants les entendent régulièrement. Derrière eux se cachent parfois la peur de se tromper, la difficulté à trouver sa méthode ou le sentiment de ne pas être à la hauteur.
Mais une question mérite d'être posée : et si nous consacrions autant d'énergie à apprendre aux enfants à se connaître qu'à leur transmettre des connaissances ?
C'est autour de cette interrogation qu'Adrien Tingry, fondateur de l'Institut des Possibles, a imaginé Tout est possible pour toi !, un carnet pédagogique illustré publié par la maison d'édition L'Aigle et la Plume.
Pour comprendre sa démarche, nous avons imaginé une rencontre entre un journaliste, un parent d'élève, un professeur des écoles et l'auteur.
« Un enfant ne devrait jamais se résumer à ses difficultés »
Le journaliste : Adrien Tingry, pourquoi avoir écrit ce carnet alors qu'il existe déjà de nombreux ouvrages de soutien scolaire ?
Adrien Tingry :
Parce que je crois que nous passons parfois à côté de l'essentiel.
Nous demandons beaucoup aux enfants. Nous leur demandons d'apprendre, de mémoriser, de comprendre, de réussir, de progresser. Mais prenons-nous suffisamment le temps de leur expliquer comment ils apprennent ? Leur donnons-nous réellement les moyens de découvrir leurs propres ressources ?
Un enfant qui rencontre une difficulté n'est pas un enfant incapable. C'est un enfant qui n'a peut-être pas encore trouvé le chemin qui lui permettra de comprendre.
J'ai voulu créer un carnet qui ne commence pas par lui demander ce qu'il sait faire, mais qui l'invite à découvrir ce qu'il peut devenir.
Le parent : Pourtant, lorsqu'un enfant rentre de l'école avec de mauvaises notes ou qu'il refuse de faire ses devoirs, nous nous retrouvons souvent démunis. Nous voulons l'aider, mais nous ne savons pas toujours comment.
Adrien Tingry :
Et c'est précisément là que commence notre responsabilité d'adulte.
Nous confondons parfois accompagner et obtenir immédiatement un résultat.
Lorsqu'un enfant ne comprend pas, notre premier réflexe consiste souvent à lui réexpliquer la même chose, parfois plus fort, parfois plus longtemps.
Mais avons-nous essayé de comprendre ce qui fait obstacle ?
Est-ce la consigne ? Le vocabulaire ? La peur de se tromper ? La difficulté à se concentrer ? Ou simplement une méthode qui ne lui convient pas ?
Avant de vouloir corriger l'enfant, nous devons chercher à comprendre sa manière d'apprendre.
Ce carnet est né de cette conviction : nous pouvons être exigeants sur les apprentissages tout en étant profondément respectueux du rythme et de la singularité de chaque enfant.
« Apprendre à apprendre, cela s'enseigne aussi »
Le professeur des écoles : Dans une classe, nous devons transmettre des connaissances et respecter des programmes. Comment votre carnet peut-il s'inscrire dans cette réalité ?
Adrien Tingry :
Je tiens d'abord à rappeler une chose : ce carnet n'a pas vocation à remplacer l'enseignant, ni les programmes scolaires.
L'école demeure un lieu fondamental de transmission, de socialisation et de construction de l'individu.
En revanche, je crois que nous pouvons apporter aux enfants des outils complémentaires pour qu'ils deviennent progressivement acteurs de leurs apprentissages.
Prenons un exemple très simple.
Un enfant doit apprendre une leçon. Il la lit plusieurs fois et pense la connaître. Mais le lendemain, il ne parvient pas à la restituer.
Nous pouvons lui demander de recommencer. Nous pouvons aussi lui apprendre à se poser d'autres questions : qu'ai-je réellement retenu ? Puis-je expliquer cette leçon avec mes propres mots ? Puis-je retrouver les informations sans regarder mon cahier ?
C'est tout l'intérêt d'apprendre à apprendre.
Le journaliste : Vous avez donc voulu construire un véritable parcours pédagogique ?
Adrien Tingry :
Oui. Le carnet s'organise autour de quatre dimensions complémentaires.
La première consiste à apprendre à apprendre : découvrir l'attention, la mémorisation, l'organisation et les méthodes de travail.
La deuxième accompagne la lecture et la compréhension : comprendre une consigne, identifier ce qui est demandé, reformuler et vérifier son travail.
La troisième permet de retrouver les fondamentaux en français et en mathématiques, avec des exercices adaptés.
Enfin, la quatrième ouvre un espace à la réflexion, à la logique, à l'imagination et à la créativité.
Ce qui m'importe, c'est que l'enfant ne soit pas seulement dans l'exécution.
Je souhaite qu'il puisse comprendre, essayer, se tromper, recommencer et progressivement choisir les méthodes qui lui conviennent.
Car apprendre, ce n'est pas simplement accumuler des réponses. C'est aussi apprendre à chercher.
« Pourquoi avoir choisi une petite abeille ? »
Le parent : Mon enfant aime beaucoup les histoires et les personnages. J'ai remarqué qu'une petite abeille accompagne le lecteur. Pourquoi ce choix ?
Adrien Tingry :
Parce que l'abeille représente merveilleusement ce que j'essaie de transmettre à travers l'Institut des Possibles.
Regardez-la.
Elle est petite, fragile en apparence, mais elle participe à quelque chose d'immense. En passant d'une fleur à l'autre, elle contribue à la vie du jardin.
Elle ne fait pas tout toute seule. Elle explore, découvre, transporte et participe à un équilibre qui la dépasse.
Je trouve cette image profondément inspirante pour un enfant.
Chacun possède quelque chose à apporter au monde. Encore faut-il lui permettre de le découvrir.
Dans le carnet, notre petite abeille n'est pas un personnage qui sait tout.
Elle se questionne, elle cherche, elle se trompe parfois et elle recommence.
Elle accompagne l'enfant sans le juger.
Le professeur des écoles : C'est une approche intéressante, parce que les enfants peuvent avoir peur de l'erreur, notamment lorsqu'ils se comparent aux autres.
Adrien Tingry :
Exactement.
Je voudrais que nous puissions davantage considérer l'erreur comme une information plutôt que comme une condamnation.
Se tromper ne signifie pas être incapable.
Cela signifie qu'une démarche n'a pas encore permis d'atteindre le résultat attendu.
Et c'est très différent.
Lorsque nous apprenons à un enfant à regarder son erreur, à comprendre ce qui s'est passé et à essayer autrement, nous lui transmettons quelque chose qui dépasse largement l'école.
Nous lui apprenons à ne pas renoncer à lui-même.
« Les parents ont-ils aussi quelque chose à apprendre ? »
Le journaliste : Votre ouvrage s'adresse aux enfants de 8 à 11 ans, du CE2 au CM2. Mais en vous écoutant, on comprend qu'il concerne également les adultes.
Adrien Tingry :
Absolument.
Un enfant ne grandit jamais seul.
Il grandit dans un environnement fait de regards, de paroles, d'encouragements, d'attentes et parfois d'inquiétudes.
Ces regards peuvent ouvrir des portes. Ils peuvent aussi, involontairement, les refermer.
Lorsque nous répétons à un enfant qu'il est lent, distrait ou mauvais dans une matière, nous risquons de transformer une difficulté passagère en une image durable de lui-même.
À l'inverse, lorsque nous l'aidons à identifier ses progrès, même modestes, nous lui donnons des repères pour avancer.
Le parent : Mais comment encourager sans tomber dans une valorisation excessive ? Nous ne pouvons pas lui dire qu'il réussit tout lorsqu'il rencontre de véritables difficultés.
Adrien Tingry :
Vous avez raison. Encourager ne signifie pas nier la réalité.
Il ne s'agit pas de dire à un enfant que tout est facile ou qu'il réussira nécessairement tout ce qu'il entreprendra.
Il s'agit de reconnaître son effort, de nommer ses progrès et de lui montrer qu'une difficulté peut être travaillée.
Nous pouvons remplacer « Tu es intelligent, tu devrais y arriver » par « Qu'as-tu déjà compris ? Qu'est-ce qui te bloque ? Quelle autre méthode pourrais-tu essayer ? »
Nous déplaçons ainsi notre regard du jugement vers la recherche.
Et nous lui transmettons un message essentiel : tu n'es pas défini par le résultat d'un exercice.
« Le possible n'est pas une promesse magique »
Le professeur des écoles : Le titre Tout est possible pour toi ! est très positif. Mais certains enfants connaissent des difficultés importantes, parfois durables. Comment éviter de leur donner le sentiment qu'il suffit de vouloir pour réussir ?
Adrien Tingry :
C'est une question essentielle.
Je ne crois pas à cette idée selon laquelle la volonté suffirait à tout résoudre.
Les enfants ne disposent pas tous des mêmes ressources, des mêmes conditions de vie, du même environnement ou des mêmes facilités d'apprentissage.
Certains ont besoin de temps. D'autres d'aménagements, d'un accompagnement spécialisé ou d'une attention particulière.
Dire « Tout est possible pour toi ! » ne signifie donc pas que tout sera facile, ni que toutes les difficultés disparaîtront.
Cela signifie que nous refusons d'enfermer un enfant dans ce qu'il ne sait pas encore faire.
Le possible n'est pas une garantie de résultat. C'est une invitation à chercher des chemins, à mobiliser des ressources et à construire des perspectives.
Et c'est précisément le rôle que je souhaite donner à l'Institut des Possibles.
« Enraciner, Orienter, Faire éclore : une philosophie qui commence dès l'enfance »
Le journaliste : On retrouve dans ce carnet votre démarche du Référentiel des Possibles. Comment l'avez-vous adaptée aux plus jeunes ?
Adrien Tingry :
Le Référentiel des Possibles® repose sur trois mouvements : Enraciner, Orienter et Faire éclore.
Ces trois mouvements sont également présents dans la manière dont j'envisage l'accompagnement des enfants.
Enraciner, c'est aider l'enfant à mieux se connaître, à identifier ce qu'il ressent, ce qu'il comprend, ce qui l'intéresse et ce qui peut lui donner confiance.
Orienter, c'est lui permettre d'explorer plusieurs façons de faire, de découvrir ses méthodes et de choisir progressivement celles qui l'aident à avancer.
Faire éclore, c'est lui donner la possibilité d'agir, de réutiliser ce qu'il a appris, de reconnaître ses progrès et de prendre confiance dans ses capacités.
Je vois cela comme un jardin.
Nous ne pouvons pas demander à une graine de devenir un arbre en quelques jours.
Nous pouvons, en revanche, lui offrir une terre favorable, de la lumière, de l'eau et le temps nécessaire pour grandir.
L'éducation, à mes yeux, devrait toujours conserver cette dimension : créer les conditions dans lesquelles chacun peut se développer.
« Quel message aimeriez-vous adresser aux enfants ? »
Le parent : Si vous deviez parler directement à mon enfant, que lui diriez-vous ?
Adrien Tingry :
Je lui dirais :
Tu n'as pas besoin d'être le meilleur pour avoir de la valeur.
Tu as le droit de ne pas comprendre du premier coup.
Tu as le droit de poser des questions, de te tromper et de recommencer.
Tu découvriras parfois que certaines choses te demandent davantage d'efforts qu'aux autres. Mais tu découvriras aussi des qualités et des capacités que tu ne soupçonnes pas encore.
Ne laisse jamais une difficulté te convaincre que tu n'es pas capable d'apprendre.
Et surtout, n'oublie pas que tu n'as pas à devenir quelqu'un d'autre pour avoir ta place dans ce monde.
Le journaliste : Et aux parents et aux enseignants ?
Adrien Tingry :
Je leur dirais que nous avons une responsabilité immense, mais aussi une chance extraordinaire.
Celle de pouvoir être, dans la vie d'un enfant, la personne qui lui aura permis de croire à nouveau en ses capacités.
Parfois, cela commence simplement par une parole.
« Je vois que tu as essayé. »
« Nous allons chercher une autre manière de faire. »
« Regarde le chemin que tu as déjà parcouru. »
Ce sont de petites phrases. Mais elles peuvent laisser de grandes traces.
Conclusion — Cultiver les possibles, dès les premiers apprentissages
À travers Tout est possible pour toi !, Adrien Tingry propose davantage qu'un carnet d'exercices.
Il invite à porter un autre regard sur l'apprentissage, en associant les connaissances fondamentales, la découverte de soi, la recherche de méthodes et la confiance.
L'ouvrage ne prétend pas résoudre toutes les difficultés scolaires. Il propose un espace dans lequel l'enfant peut expérimenter, comprendre et progresser sans être constamment comparé aux autres.
Pour les parents, il ouvre une autre manière d'accompagner.
Pour les enseignants, il constitue une ressource pédagogique complémentaire.
Pour les enfants, il porte un message simple : ce que tu ne sais pas encore faire ne définit pas tout ce que tu es capable de devenir.
Et peut-être est-ce là l'un des plus beaux rôles de l'éducation : ne pas seulement transmettre ce que nous savons, mais aider chaque enfant à découvrir ce qu'il porte déjà en lui.
Découvrir « Tout est possible pour toi ! »
Publié par L'Aigle et la Plume, ce carnet illustré de 157 pages en couleur s'adresse aux enfants de 8 à 11 ans, du CE2 au CM2.
Il associe histoires, exercices guidés, activités de lecture, français, mathématiques, jeux de logique, dessin et méthodes pour apprendre à apprendre.
Auteur : Adrien Tingry
Éditeur : L'Aigle et la Plume
Format : Broché, 20,32 × 25,4 cm
ISBN : 9798164785819
Découvrir le carnet :
https://www.aigleetplume.fr/tout-est-possible-pour-toi
Découvrir l'Institut des Possibles :
https://institut-des-possibles.fr
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