Accompagner une personne, ce n’est pas la juger. Ce n’est pas davantage l’enfermer dans ce que nous croyons avoir compris d’elle.

Une personne n’est jamais son échec, son décrochage, son chômage, son épuisement, son hésitation ou la difficulté qu’elle traverse à un moment donné.

Dans mon livret Renouer avec l’enseignement, j’aborde un principe qui peut sembler paradoxal dans une époque où l’on nous demande constamment d’agir, de rebondir, de trouver des solutions et de nous remettre en mouvement : il faut parfois commencer par ralentir.

Ralentir ne signifie pas renoncer.

Cela signifie prendre suffisamment de recul pour se demander si ce que nous proposons aide encore réellement la personne.

Car une démarche sérieuse ne mesure pas seulement ses résultats. Elle observe également ses effets indésirables.

Lorsque les réponses deviennent mécaniques, peut-être faut-il arrêter le questionnaire et retrouver simplement la parole.

Lorsque la motivation baisse durablement, la question n’est pas nécessairement : « Comment la remotiver ? » Elle peut être : « Ce projet a-t-il encore du sens pour elle ? »

Lorsqu'une personne acquiesce systématiquement à toutes nos propositions, il faut parfois se demander si elle adhère réellement ou si elle cherche simplement à répondre à ce qu'elle pense que nous attendons d'elle.

Lorsqu’apparaissent fatigue, agitation, fermeture ou irritabilité, le cadre lui-même mérite d’être interrogé : est-il devenu trop dense ? Faut-il alléger, faire une pause ou changer d’approche ?

Et lorsqu’un projet semble parfaitement construit mais qu’il est essentiellement porté par les parents, le conjoint, l’institution ou l’entourage, une question devient fondamentale :

À qui appartient réellement ce projet ?

Il faut alors restituer quelque chose de très simple, mais de profondément humain : le droit de dire non, de ne pas savoir, de changer d’avis, de prendre du temps.

Ralentir. Suspendre. Orienter.

Il existe aussi une limite que tout professionnel de l’accompagnement doit savoir reconnaître.

Certaines situations ne demandent plus une méthode, un coaching, un conseil ou une nouvelle feuille de route. Elles nécessitent une compétence que nous n’avons pas nécessairement.

Orienter n’est pas abandonner quelqu’un. C’est reconnaître avec justesse la limite de son propre rôle.

Lorsque la détresse devient importante, que la personne semble profondément désorientée, que son fonctionnement quotidien se dégrade ou que certains propos font craindre pour sa sécurité, notre responsabilité n’est pas de nous improviser spécialiste.

Elle consiste à écouter, à ne pas banaliser ce qui est exprimé et à favoriser le relais vers le professionnel ou le service compétent.

Cette vigilance impose également un contrôle éthique permanent.

Avant de recueillir une information, demandons-nous : aide-t-elle réellement la personne ?

Sait-elle pourquoi nous lui posons cette question, ce que nous allons faire de sa réponse et qui pourra y avoir accès ?

Pourrions-nous atteindre le même objectif en recueillant moins d’informations ?

La personne dispose-t-elle encore réellement de la possibilité de refuser ?

Et surtout : sommes-nous toujours dans notre champ de compétence ?

Un outil d’accompagnement doit rester au service de la relation. Il ne doit jamais devenir une nouvelle épreuve à réussir, un diagnostic sauvage ou une manière plus subtile d’enfermer quelqu’un dans une catégorie.

Accompagner, c’est créer du mouvement lorsqu’il est possible.

Mais c’est aussi savoir demeurer suffisamment attentif pour comprendre que, parfois, le premier mouvement juste consiste précisément à ne pas en imposer un.

C’est peut-être là que commence la juste limite : savoir avancer avec quelqu’un sans jamais décider à sa place du chemin qu’il doit emprunter.

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