L'une des plus grandes difficultés de l'entrepreneuriat ne réside pas dans la recherche de clients, le financement ou la stratégie commerciale. Elle se situe souvent dans un espace beaucoup plus discret : notre rapport à nous-mêmes.
Au cours de mon parcours, j'ai rencontré de nombreuses personnes animées par une réelle envie de réussir. Certaines développaient leur activité avec énergie, d'autres cherchaient à élargir leur réseau professionnel, à multiplier les opportunités ou à accélérer leur croissance. Ces démarches sont légitimes et font naturellement partie de la vie d'un entrepreneur.
Pourtant, avec le temps, j'ai observé un phénomène récurrent. Derrière certains discours ambitieux, derrière certaines cartes de visite soigneusement distribuées ou certains réseaux abondamment cultivés, la relation humaine disparaissait progressivement au profit d'une logique centrée sur le moi. Le dialogue devenait alors un monologue. L'écoute se transformait en attente de réponse. La rencontre n'était plus une découverte de l'autre mais une tentative de convaincre, de vendre ou de démontrer sa propre valeur.
Dans ces conditions, il devient difficile de construire une véritable relation de confiance La confiance ne naît pas d'un argumentaire commercial, elle ne se décrète pas. Elle se construit progressivement à travers la cohérence, l'écoute, le respect mutuel et la capacité de chacun à comprendre les besoins de l'autre.
J'ai participé à des projets qui n'ont jamais vu le jour. J'ai rencontré des partenaires avec lesquels aucune collaboration n'a finalement été possible. J'ai également observé des accords prometteurs s'effondrer faute de dialogue ou de compréhension mutuelle.
Avec le recul, je ne considère pas ces expériences comme des échecs. Elles ont souvent constitué des révélateurs. Elles m'ont appris que tous les partenariats ne sont pas destinés à exister, que tous les clients ne sont pas les bons clients et que toutes les opportunités ne méritent pas d'être poursuivies.
L'entrepreneur apprend progressivement à discerner. Il découvre que le développement d'une activité ne repose pas uniquement sur les compétences techniques ou commerciales. Il dépend également de la qualité de l'écosystème dans lequel il évolue.
Choisir ses partenaires, ses collaborateurs, ses fournisseurs ou ses clients est un acte stratégique mais c'est aussi un acte profondément humain.
Certaines personnes nous poussent à grandir et d'autres nous épuisent. Certaines nourrissent la réflexion et favorisent l'émergence de solutions et d'autres entretiennent les rapports de force, les jeux d'influence ou les rivalités stériles.
La philosophie pratique nous invite justement à observer ces mécanismes avec lucidité. L'égo n'est pas un ennemi. Il fait partie de notre construction. Il nous permet d'exister, de nous affirmer et de porter nos projets. Mais lorsqu'il devient le centre de nos décisions, il finit souvent par nous éloigner de l'essentiel.
Nous cherchons alors à avoir raison plutôt qu' :
- à comprendre.
- À convaincre plutôt qu'à écouter.
- À apparaître plutôt qu'à construire.
- L'entrepreneuriat nous offre pourtant une autre voie et il nous invite à :
- Cultiver l'humilité nécessaire pour remettre nos certitudes en question,
- Reconnaître nos erreurs et
- Accepter que la réussite soit souvent une œuvre collective.
Avec les années, je suis de plus en plus convaincu qu'une entreprise se développe durablement lorsque les relations qui la composent reposent sur la confiance, le respect et la recherche sincère d'un intérêt partagé. Peu importe que certaines rencontres n'aboutissent pas aux résultats espérés, l'essentiel réside dans ce qu'elles nous apprennent sur nous-mêmes, sur notre manière d'agir et sur les personnes avec lesquelles nous souhaitons construire l'avenir.
Entreprendre n'est pas seulement créer une activité - c'est apprendre à discerner ce qui nourrit véritablement notre projet et ce qui n'est parfois qu'une illusion passagère, cette capacité de discernement constitue probablement l'une des formes les plus précieuses de connaissance.
Au plaisir de partager
Adrien Tingry

