Pendant près de quinze ans au Campus des Savoirs, j’ai vu passer des milliers de jeunes.
Des élèves brillants qui doutaient d’eux-mêmes. Des jeunes que l’on disait « démotivés » et qui avaient surtout perdu le sens de ce qu’ils faisaient. D’autres qui arrivaient après les vacances avec cette petite boule au ventre que l’on connaît tous : nouvelle classe, nouveaux enseignants, nouvelles attentes, parfois un nouvel établissement.
Et puis il y avait cette phrase que j’entendais souvent :
« Il faut qu’il reprenne confiance en lui. »
Avec les années, j’ai compris quelque chose de très simple : la confiance ne se décrète pas. Elle se construit et elle se construit rarement le matin de la rentrée.
Nous sommes encore en août. Les vacances ne sont pas terminées et il n’est certainement pas question de transformer la maison en salle de classe avant l’heure.
Il est possible, doucement, de recréer du mouvement.
- Se coucher un peu plus tôt.
- Retrouver progressivement un rythme.
- Lire quelques pages.
- Se poser vingt minutes sur quelque chose qui demande de l’attention.
- Commencer à parler de l’année qui arrive.
Pas seulement demander : « Tu es prêt pour la rentrée ? ». Mais discuter vraiment.
- Qu’est-ce qui va changer cette année ?
- Qu’est-ce qui lui fait envie ?
- Qu’est-ce qui l’inquiète ?
- Comment va-t-il organiser ses journées ?
- Où fera-t-il son travail ?
- Comment pourra-t-il réagir lorsqu’il ne comprendra pas quelque chose ?
Ces conversations peuvent sembler anodines. Elles ne le sont pas.
J’ai souvent constaté qu’un enfant retrouve plus facilement confiance lorsqu’il comprend ce qu’on attend de lui et lorsqu’il possède quelques repères pour y répondre.
Et c’est aussi là que le rôle des parents me paraît essentiel.
Nous avons parfois réduit les devoirs à une sorte de prolongement pénible de la journée scolaire : « Fais tes devoirs et après tu seras tranquille. »
Je crois que nous avons perdu quelque chose en chemin.
Le temps passé le soir à reprendre ce qui a été vu dans la journée n’a pas seulement pour fonction de terminer un exercice.
- C’est le moment où l’enfant peut se demander :
- Qu’est-ce que j’ai compris aujourd’hui ?
- Qu’est-ce que je n’ai pas compris ?
- Suis-je capable de l’expliquer avec mes propres mots ?
- C’est un temps où l’on apprend à réfléchir, à vérifier, à corriger.
Et lorsqu’un enfant découvre qu’il peut ne pas comprendre immédiatement, chercher, recommencer et finalement y parvenir, quelque chose de beaucoup plus important qu'une bonne note commence à se construire.
Il découvre qu’il est capable. C’est cela, pour moi, la confiance.
Pas une injonction. Pas une formule positive répétée devant un miroir. Mais une succession d’expériences qui finissent par fabriquer intérieurement cette conviction : je peux essayer, je peux comprendre, je peux progresser.
C’est aussi l’une des convictions qui m’a conduit, des années plus tard, à construire le Référentiel des Possibles®.
Lorsqu’un arbre doit reprendre sa croissance, on ne tire pas sur ses branches pour qu’il grandisse plus vite.
On regarde d’abord son terrain.
On nourrit ses racines.
On lui redonne de la lumière.
Et on lui laisse le temps nécessaire pour retrouver son mouvement.
Pour nos enfants, la rentrée pourrait peut-être commencer de la même manière.
Pas le 1er septembre devant le portail de l’école.
Dès maintenant, tranquillement, en préparant le terrain sur lequel leur confiance pourra pousser.
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