Depuis plusieurs années, le mot « écosystème » est devenu incontournable. On le retrouve dans les discours politiques, les présentations PowerPoint, les schémas de développement économique, les appels à projets ou les stratégies territoriales. Pourtant, lorsqu'on demande ce qu'est réellement un écosystème performant, les réponses deviennent souvent plus floues.
À écouter certains acteurs institutionnels, l'écosystème serait une construction administrative composée de dispositifs, de labels, de réseaux, de structures d'accompagnement et de financements publics. Mais pour celui qui entreprend, la réalité est souvent bien différente.
Je me souviens encore du fameux « choc de simplification » annoncé il y a une quinzaine d'années. On nous promettait une révolution administrative. Les plateformes numériques devaient alléger les démarches et rendre la vie des entrepreneurs plus simple. Dans les faits, beaucoup ont surtout découvert un nouveau labyrinthe numérique où il est parfois plus facile de se perdre que de trouver une réponse. Les guichets ont disparu, les procédures se sont multipliées et les interlocuteurs sont devenus plus difficiles à identifier.
Cette expérience nous invite à revenir à l'essentiel.
L'entrepreneur est avant tout un marcheur. Il avance sur un chemin qu'il ne connaît pas entièrement. Il prend son bâton, accepte l'incertitude, découvre de nouveaux paysages, rencontre des obstacles et cherche des solutions. Entreprendre n'est pas un état. C'est un mouvement permanent.
Si l'on utilise cette image du pèlerin, alors l'écosystème n'est pas le chemin lui-même. L'écosystème est ce qui rend le voyage possible.
Il ne s'agit pas de supprimer l'effort, ni de faire disparaître les difficultés inhérentes à toute aventure entrepreneuriale. Il s'agit simplement d'éviter que le sac à dos soit rempli de contraintes inutiles, de lourdeurs administratives ou de procédures qui détournent l'entrepreneur de sa mission première : créer, produire, vendre, innover et développer de la richesse.
C'est ici que se situe, selon moi, une confusion majeure.
Beaucoup de territoires considèrent encore que l'institution est le moteur de l'écosystème. Or ce n'est pas l'institution qui crée la richesse. Elle peut l'encourager, la faciliter ou parfois la freiner, mais elle ne la produit pas. Le véritable moteur de l'écosystème reste l'entreprise.
Quand je parle d'entreprise, je ne parle pas de ceux qui parlent de l'entrepreneuriat. Je parle de ceux qui entreprennent réellement. Ceux qui prennent des risques, investissent leur temps, leur énergie et parfois leur patrimoine pour transformer une idée en activité économique.
Un écosystème performant commence donc par une inversion du regard.
Au centre ne devrait pas se trouver l'institution, mais l'entrepreneur.
La question fondamentale n'est pas :
« Quels dispositifs pouvons-nous proposer ? »
La véritable question est :
« De quoi avez-vous besoin pour réussir ? »
Prenons l'exemple de Soissons. Si demain un entrepreneur souhaite s'y installer, qu'attend-il réellement ? Une plaquette de communication ? Un schéma stratégique ? Une présentation PowerPoint ? Probablement pas.
Il cherche d'abord des solutions concrètes : trouver un local, recruter, accéder à des compétences, rencontrer des partenaires, comprendre les réseaux économiques existants, être mis en relation avec les bonnes personnes et gagner du temps dans ses démarches.
Un territoire devient attractif lorsque ses élus, ses institutions, ses entreprises et ses acteurs économiques sont capables d'écouter ces besoins et de construire ensemble les réponses adaptées.
L'écosystème n'est donc pas un programme. C'est une culture.
C'est la capacité d'un territoire à se mettre au service de ceux qui entreprennent plutôt que de leur demander de s'adapter en permanence à des dispositifs conçus sans eux.
Un véritable écosystème ne cherche pas à diriger l'économie. Il cherche à la rendre possible.
Au fond, la définition est peut-être plus simple qu'il n'y paraît.
Un écosystème performant est un territoire où l'entrepreneur rencontre davantage de facilitateurs que d'obstacles.
Tout le reste n'est souvent qu'une présentation PowerPoint.

