Depuis plusieurs années, j’observe une évolution dans notre rapport au travail, à la formation et à la transmission. Nombreux sont ceux qui y voient un conflit intergénérationnel. Les plus anciens déplorent parfois un manque de rigueur chez les plus jeunes, tandis que ces derniers reprochent à leurs aînés des méthodes dépassées ou un manque de sens dans leur travail.

Cependant, je ne suis pas convaincu que le problème réside réellement là. Il se pourrait que nous ayons simplement perdu de vue la véritable essence de l’apprentissage.

Apprendre ne se limite pas à accumuler des connaissances ou à obtenir des validations successives. C’est avant tout une rencontre avec soi-même à travers une œuvre à accomplir. Qu’il s’agisse de bâtir un mur, d’écrire un livre, de créer une entreprise, de développer une compétence ou de mener un projet à bien, chaque réalisation devient une pierre angulaire de notre propre édifice intérieur.

L’apprenti n’est pas celui qui ignore tout, mais celui qui accepte de ne pas tout savoir pour pouvoir découvrir davantage. À l’inverse, notre époque semble parfois entretenir l’illusion qu’il serait possible de devenir compétent sans effort, performant sans entraînement et expert sans véritable implication. Comme si chacun pouvait devenir champion sans avoir accepté les exigences de la discipline qui précède la maîtrise.

Cette vision crée souvent une zone de doute et nourrit parfois un ego qui croit savoir alors qu’il cherche encore des repères. Pourtant, l’instructeur comme l’enseignant ont autant besoin de la jeunesse pour transmettre que les jeunes ont besoin de l’expérience de ceux qui les ont précédés. La transmission n’est pas un rapport de domination, mais un passage de témoin.

L’enseignement ne devrait jamais être rigide, mais rigoureux. La rigueur n’est pas une contrainte, mais un cadre qui permet à chacun de mieux se comprendre, d’expérimenter, de se tromper, de progresser et finalement de grandir.

Je repense souvent à mon expérience au Campus des Savoirs puis à King Talent Academy. Beaucoup de jeunes et d’adultes que nous accompagnions étaient persuadés qu’ils n’étaient pas capables de réaliser leur projet. Ils doutaient de leurs capacités, de leur légitimité ou de leurs talents. Notre travail ne consistait pas à faire à leur place, mais à les écouter, à les comprendre, à définir avec eux un objectif, à tracer un chemin, à créer le mouvement puis à accompagner les ajustements nécessaires tout au long du parcours.

Au départ, le cadre devait être suffisamment solide pour ne laisser aucune place au doute ni aux stratégies d’évitement. Puis, progressivement, il fallait s’effacer pour permettre à l’apprenant de construire ses propres repères, son autonomie et sa liberté d’action. La véritable réussite n’était pas de voir quelqu’un appliquer une méthode, mais de l’accompagner dans son parcours de développement personnel.

La véritable réussite résidait dans le fait de pouvoir lui dire : 

« Je crois en ta capacité à accomplir ton œuvre. »  

C’est peut-être là la plus belle forme de valorisation. Je me souviens d’une phrase que je répétais souvent : 

« Être égoïste, c’est prendre la responsabilité de l’autre. Alors je vais être très généreux. » 

Ma plus grande difficulté n’a jamais été de transmettre des connaissances, mais plutôt de placer chacun face à ses talents sans que quelqu’un d’autre ne vienne entraver son élan, car il me semble que l’inaction et la passivité nourrissent progressivement le doute, qui se transforme ensuite en indifférence, et finit par éloigner chacun de son potentiel.

L’apprentissage est peut-être avant tout un acte de confiance, 
la confiance qu’un être humain peut accomplir bien plus que ce qu’il imagine aujourd’hui.