Et si le véritable obstacle à nos projets n’était pas nous-mêmes, mais l’environnement dans lequel nous essayons de les faire naître ?

« Rien ne tue l’âme humaine plus que d’être au mauvais endroit entouré des mauvaises personnes. »

— Citation attribuée à Fiodor Dostoïevski, sans source littéraire authentifiée.

Il existe des environnements qui nous font grandir et d’autres qui, progressivement, nous éteignent.

Des lieux où nos idées trouvent un écho, où nos initiatives suscitent de la curiosité, où nos différences deviennent des richesses. Et puis il existe ces endroits où chaque ambition semble déranger, où chaque proposition rencontre une objection, où l’on finit par consacrer davantage d’énergie à se justifier qu’à construire.

Le plus dangereux n’est peut-être pas d’y rencontrer des oppositions. Après tout, la contradiction peut nous faire progresser. Le véritable danger commence lorsque nous finissons par intérioriser les limites de notre environnement, jusqu’à croire qu’elles sont les nôtres.

À force d'entendre que quelque chose est impossible, nous pouvons finir par oublier que nous avions simplement besoin d'un autre endroit pour le rendre possible.

Notre environnement façonne notre capacité à entreprendre

Nous aimons penser que nos projets naissent uniquement de notre volonté, de notre courage ou de notre détermination.

Mais aucun arbre ne grandit indépendamment de la terre dans laquelle plongent ses racines.

Une graine peut porter en elle toutes les promesses d'une forêt. Si la terre est pauvre, si la lumière manque, si l'espace lui est refusé, elle aura beau posséder un potentiel extraordinaire, elle peinera à se développer.

Il en va de même pour les êtres humains.

Notre environnement familial, professionnel, social et territorial influence profondément notre manière de penser, notre confiance et notre capacité à agir.

Lorsque nous sommes entourés de personnes qui ne voient que les obstacles, nous risquons de développer une vision défensive de l'existence. Nous cherchons à éviter l'échec plutôt qu'à explorer les possibilités.

À l'inverse, un environnement qui encourage l'expérimentation, accepte les erreurs et reconnaît les singularités peut devenir un formidable accélérateur de projets.

Cela ne signifie pas qu'il faille s'entourer uniquement de personnes qui nous donnent raison. Nous avons besoin de regards critiques, mais de regards qui nous aident à construire, pas de jugements qui nous condamnent à l'immobilité.

Créer son propre monde ne signifie pas fuir celui des autres

Il arrive un moment où nous devons nous poser une question essentielle :

Est-ce réellement mon projet qui ne fonctionne pas, ou est-ce l'environnement dans lequel je tente de le développer qui ne lui permet pas d'exister ?

Cette distinction change beaucoup de choses.

Nous pouvons passer des années à essayer de convaincre des personnes qui ne partagent ni notre vision, ni nos aspirations, ni même notre conception de la réussite.

Nous pouvons également nous épuiser à chercher une reconnaissance auprès de ceux qui ne sont pas en mesure de comprendre ce que nous souhaitons bâtir.

Mais pourquoi faudrait-il obtenir l'autorisation des autres pour commencer à construire sa propre existence ?

Créer son monde, ce n'est pas se couper de la société. C'est choisir progressivement les conditions dans lesquelles nous voulons vivre, travailler, apprendre et entreprendre.

C'est identifier les personnes avec lesquelles nous partageons des valeurs. C'est rechercher les territoires, les organisations et les communautés où nos compétences peuvent devenir utiles. C'est aussi accepter de quitter certaines habitudes, certaines relations ou certains cadres qui ne correspondent plus à ce que nous devenons.

Et parfois, ce changement ne nécessite pas de déménager, de changer de métier ou de rompre avec son passé. Il commence simplement par une autre manière de se positionner.

Nous ne pouvons pas toujours choisir le monde dans lequel nous arrivons. Mais nous pouvons contribuer à construire celui dans lequel nous souhaitons évoluer.

Nos projets ont besoin d'un écosystème, pas seulement de volonté

Cette réflexion est particulièrement importante pour les entrepreneurs, les jeunes en recherche d'orientation et toutes les personnes qui traversent une période de transition.

On leur répète souvent qu'il faut être motivé, persévérant, résilient.

Ces qualités sont importantes. Mais elles ne suffisent pas.

Un entrepreneur peut avoir une idée pertinente et échouer à la développer dans un environnement qui ne lui donne accès ni aux ressources, ni aux réseaux, ni aux opportunités nécessaires.

Un jeune peut perdre confiance dans ses capacités simplement parce que le cadre dans lequel il apprend ne correspond pas à sa manière de comprendre le monde.

Un salarié peut finir par se croire incompétent alors que ses talents ne trouvent aucune possibilité d'expression dans son organisation.

Avant de demander à une personne de changer, nous devrions peut-être commencer par interroger les conditions dans lesquelles nous lui demandons de réussir.

C'est tout l'enjeu d'un écosystème favorable : réunir des personnes, des connaissances, des moyens et des occasions d'agir qui permettent aux initiatives de prendre forme.

Il ne s'agit pas de rechercher un environnement parfait. Il n'existe pas. Il s'agit de construire un environnement suffisamment fertile pour que nos projets puissent y prendre racine.

Et si notre première grande réalisation était de choisir notre environnement ?

Nous passons parfois une grande partie de notre existence à vouloir devenir quelqu'un d'autre pour correspondre aux attentes de notre entourage.

Nous nous adaptons, nous faisons des concessions, nous réduisons nos ambitions pour préserver notre place.

Mais à quel prix ?

Il ne faut pas confondre l'effort nécessaire pour grandir avec l'épuisement provoqué par un environnement qui nous empêche d'être nous-mêmes.

Changer d'environnement ne garantit pas la réussite. Nous emportons aussi avec nous nos doutes, nos contradictions et nos responsabilités.

Cependant, cela peut nous permettre de retrouver quelque chose d'essentiel : la liberté d'essayer.

Et cette liberté est souvent le commencement de tout.

Car construire son propre monde, ce n'est pas prétendre que tout nous est dû. C'est prendre la responsabilité de créer les conditions de son épanouissement, tout en permettant à d'autres de trouver leur place.

C'est passer de l'attente à l'initiative, de la résignation à la construction.

C'est aussi comprendre que nos projets les plus importants ne sont pas toujours ceux que nous réalisons pour nous-mêmes, mais ceux qui ouvrent des possibilités à d'autres.


Conclusion — Il existe peut-être une autre terre pour nos racines

Une plante qui ne fleurit pas n'est pas nécessairement une mauvaise plante.

Peut-être manque-t-elle simplement de lumière, d'espace ou d'une terre adaptée à ses besoins.

Pourquoi aurions-nous tant de difficultés à accepter cette évidence lorsqu'il s'agit de nous-mêmes ?

Nous ne sommes pas condamnés à demeurer dans des environnements qui étouffent nos aspirations.

Nous pouvons explorer, rencontrer, apprendre, nous déplacer, recommencer. Nous pouvons aussi transformer notre environnement actuel plutôt que le quitter.

Et surtout, nous pouvons cesser de mesurer la valeur de nos projets à travers le seul regard de ceux qui ne les comprennent pas.

Parfois, pour faire naître un nouveau possible, il ne faut pas changer de rêve. Il faut simplement changer la terre dans laquelle nous essayons de le faire grandir.

C'est peut-être là que commence notre véritable liberté : non pas dans la volonté de trouver notre place à tout prix, mais dans la capacité à construire un monde où notre place, et celle des autres, devient possible.